Article / globe-trotter - le, 01/07/2016

Un temps à ne pas mettre une Salers dehors

Compte-rendu –Trail | Ultra-Trail du Puy Mary Aurillac le 18 juin

La cinquième édition de l’Ultra-Trail du Puy Mary Aurillac s’est déroulée dans de mauvaises conditions météo, détrempant les coureurs comme les paisibles vaches Salers.

À quoi est dû le fait qu’on ait apprécié ou pas un ultra-trail ? À son parcours bien évidemment, aux paysages traversés, à la qualité de l’organisation, aux émotions vécues et partagées avec les autres participants, avec l’encadrement de la course, ou avec vos propres accompagnateurs, et au résultat obtenu par rapport à celui espéré. Autant dire que parmi les 565 participants à la 5e édition de l’Ultra-Trail du Puy Mary Aurillac (UTPMA), une bonne partie ne sont pas revenus vraiment ravis à la maison. Détrempés, boueux et sentant la bouse, certainement, mais malheureusement pas ravis. Retour sur un week-end « arrosé ».

Que d’eau dit la grenouille

C’est un fait : il fait un temps de chien depuis le début de l’année à peu près partout en France (oui, je sais, chez vous c’est l’exception, chez moi aussi, mais partout ailleurs c’est le cas). Conséquence directe : les sentiers sont dans un état pitoyable, détrempés, pleins de boue, et le passage de quelques coureurs a vite fait de transformer un monotrace pas trop dégueu en patinoire version Mud Day.

Bon, le Cantal n’échappe pas à ce printemps pourri, et ses vertes prairies squattées par les paisibles Salers (les vaches locales, cornues, clochues et marron) sont gorgées d’eau. Les conditions météo annoncées pour la course ne sont pas excellentes. Disons plutôt qu’elles se rapprochent de ce qu’on pourrait appeler des conditions exécrables. C’est déjà ça : elles ne seront pas apocalyptiques.

Un parcours en trois sections

Préfecture du Cantal, Aurillac est une petite ville perdue au milieu de la campagne. Son centre est plutôt agréable, et permet d’apercevoir vers le nord de jolies collines annonçant les monts du Cantal. Cette zone au nord de la ville constitue le début et la fin de parcours de l’UTPMA, soit environ les 25 premiers et les 25 derniers kilomètres. Vous y progressez sur de petites routes, en bordure ou dans des champs, sur des pistes forestières, sur un profil légèrement vallonné. Ce type de terrain favorise un début de course assez rapide, et un final également rapide… s’il vous reste des jambes. Dans le cas contraire, il s’avérera juste très long.

La partie centrale de la course, d’environ 55 km, est donc la plus montagneuse. Vous y passerez une succession de bosses culminant à un peu plus de 1800 mètres d’altitude, via des pentes le plus souvent raides et régulièrement assez techniques, alternant avec des portions beaucoup plus roulantes. Là encore, celui qui a de bonnes jambes peut progresser à un rythme soutenu, alors que celui qui s’est grillé n’a plus qu’à subir. Ceci dit, c’est un peu la sentence sur n’importe quel ultra…

Sur place, on se rend compte qu’on a affaire à une organisation parfaitement rôdée. Lieu d’accueil, infrastructures, bénévoles, matériel fourni, pasta-party, tout est parfaitement orchestré et on se sent bien à Aurillac, même si le fond de l’air est un peu frais et humide. La fraîcheur d’ailleurs, l’organisation insiste salersement (la version locale de « vachement ») dessus : les bénévoles en place sur les sections élevées du parcours ont méchamment morflé dans la soirée et la nuit précédente, avec onglée en prime. Il faut donc prévoir de quoi supporter un froid de canard, même si on n’est pas dans le Gers.

Départ en fanfare

Le départ est donné à minuit le vendredi, ou zéro heure le samedi si vous préférez. Il ne pleut pas, mais ce n’est que temporaire… Le peloton s’étire sur deux kilomètres de route pour sortir de la ville et rejoindre les premières pistes. La vitesse globale est assez vive : est-ce la nécessité de se réchauffer qui pousse les trailers à courir à vive allure ? Étrange quand on sait qu’on a plus de 105 km et environ 5500 mètres de dénivelé positif à avaler dans la journée (26 h 30 mn de délai maximum).

À mon niveau, je trouve le peloton plutôt discret par rapport aux habituels débuts d’ultra : pas trop de discussions, de déconnade, tout le monde semble concentré. Il faut dire que ça glisse bien, que nous progressons déjà sur des sols ravagés (je dois être placé à peu près à la mi-peloton), et que la nuit noire oblige à faire un peu gaffe à ce que l’on fait (genre ne pas se retrouver à plat-ventre dans une mare de 25 cm de profondeur – oui, oui, j’en ai vu un le faire, oups). Je trouve aussi tout le monde assez peu à l’aise dès que ça descend un peu, et par contre ça envoie dès que c’est plat.

Bon, après un peu moins de trois heures de déambulation dans les prairies cantalouses, nous débouchons au premier ravitaillement, du trois étoiles. Déguisés, les bénévoles ont tout misé sur l’ambiance « boite de nuit », projecteurs et musique disco compris. C’est rigolo, et pour ne rien gâcher, le ravitaillement est excellent et bien disposé. Soupe, charcuteries, gâteaux, sucreries, il n’y a qu’à se goinfrer – heu non pardon, se servir.

Coucou les vaches

Mais malheureusement, il faut repartir affronter la nuit, les prairies, les Salers (pauvres bêtes !) et la pluie, qui tombe depuis une bonne heure et demie maintenant. Nous avons alors le droit à la première « vraie » montée, succession de passages raides et de relances, toujours sur le même type de sols. Et puis la pente s’adoucit, et nous progressons sur ce qui semble être une crête rocheuse entourée de genêts. Ça glisse toujours, d’ailleurs je vois plusieurs coureurs tomber, parfois hors de la trace en contrebas, sans gravité heureusement.

Le jour commence à poindre, et du coup on se rend mieux compte de l’environnement, même si la visibilité reste très limitée. Au point haut, nous entamons une grosse descente velue qui nous mène vers le deuxième ravitaillement. Là encore ça glisse, c’est raide, et c’est selon les syndicats plutôt pourri, et selon la police super rigolo. Tous les goûts sont dans la nature !

Col du Perthus, km 34, deuxième ravitaillement ; autant le premier était un régal, autant celui-ci est un des plus mal organisés que j’ai vus sur une course. Il faut dire qu’avec le temps qu’il fait, tout le monde se presse sous la petite tente qui sert à la fois pour le ravitaillement et l’approvisionnement en eau. Ajoutez à cela la présence des accompagnateurs des coureurs qui eux aussi se planquent à l’abri sous la tente, et vous comprendrez qu’il faut malheureusement jouer des coudes pour parvenir à choper une soupe et à remplir ses bidons. Un peu de réorganisation serait sans doute nécessaire en ce lieu.

Ça descend et ça monte

La suite du parcours est plutôt amusante pour qui aime courir sur du sentier ondulant un peu technique en sous-bois (et accessoirement patauger dans la flotte hein…). C’est mon cas, du coup je m’amuse. Un peu moins dans la descente qui suit, sur piste 4x4 puis sur route. Ce parcours est étonnant : il mixte des parties relativement techniques avec de longues portions très roulantes. J’imagine que les purs trailers doivent être un peu déçus du parcours, alors que les coureurs mixtes l’apprécient particulièrement.

Passé le point bas, nous remontons vers le point culminant de la course (et du Cantal), le Plomb du Cantal. Je connais un peu cette montagne, et ce n’est franchement pas ma préférée : un gros amoncellement de shistes au sommet duquel on accède par des pistes, et qui doit d’ailleurs servir de pistes de ski en hiver, celles de la station du Lioran. En tous cas, on l’aborde par un côté que je ne connais pas, et pour le coup c’est raide, boueux, et… bouseux. Je ne sais pas ce que bouffent les vaches par ici, mais elles te sortent de ces trucs… Au sommet, le temps ne mérite vraiment pas qu’on s’attarde (en clair on est dans les nuages, il pleut et ça caille), du coup je file sans demander mon reste sur la suite du parcours, une piste de descente de VTT.

Ben, après ça redescend

Là encore, le terrain n’est pas exceptionnel, même si plus bas en arrivant sur Le Lioran on retrouve de jolis monotraces, un peu dévastés certes par le passage de quelques 300 sangliers – heu non, trailers. Et puis c’est la base-vie du Lioran, qui permet de récupérer un sac déposé la veille au soir avec des fringues sèches (le truc incroyable), et bien sûr de se restaurer. La place est cette fois suffisante, et le buffet proposé exceptionnel pour un trail, avec même de petits gâteaux de riz individuels. Que demander de plus ? De la musique tiens ! Un mini-orchestre local joue sous une autre tente juste à côté du ravitaillement. C’est quand même top…

Enfin pour moi, top ou pas, c’en est assez. J’ai passé près de 10 heures sous la flotte à patauger dans la boue sans rien voir, ça me suffit pour aujourd’hui. Je ne suis pas jusqu’au-boutiste, et il me faut vraiment un minimum de plaisir (autre que celui d’arriver au bout) sur une épreuve de ce type. C’est dommage, car je connais la longue portion suivante qui est la plus belle du parcours, que ce soit en termes de paysages (même si belle ou pas, quand on ne voit rien…) ou de parcours, avec de superbes crêtes et de très chouettes sommets. Il semblerait, d’après les coureurs plus étanches que moi, que les Gorges de la Jordanne, parcourues vers le kilomètre 80, soient également un passage particulièrement intéressant ; le parcours joue avec un itinéraire découverte où l’on navigue de passerelle en passerelle au gré du terrain tortueux. Et puis la seconde partie de parcours, ce sont aussi de chouettes lieux de ravitaillement, comme Mandailles, petit village typique du Cantal perdu au bout du monde, et des passages originaux comme la passerelle montée par l’organisation pour traverser la Jordanne et rejoindre le jolie lac des Graves.

Pour Christian Mahé, vainqueur de l’UTPMA en 13 h 50 mn 28 s, « C’était vraiment des conditions dantesques. La pluie n’a pas cessé du début à la fin. La nuit a vraiment été compliquée avec beaucoup d’humidité et de froid. » Originaire de l’Allier (pas bien loin donc), Christian gagne pour la seconde fois après 2014. C’est à partir du Puy Mary qu’il décide de prendre la course à son compte, et il est parvenu à ne pas craquer sur ce final pourtant relevé : « [Mentalement] il a fallu rester solide quand c’est devenu dur physiquement. Finalement, ce sont les tout derniers kilomètres qui ont été les plus durs avec beaucoup de boue. » On retrouvera Christian en octobre dans un autre grand champ de boue… à La Réunion pour la Diagonale des Fous.

Classement UTPMA 2016 (565 partants, 353 classés, dernier en 13 h 22 mn 31 s)

3 premières femmes
1 – Hélène Ogi – 15:27:42
2 – Véronique Chastel – 16:45:35
3 – Véronique Liévin – 19:39:33

3 premiers hommes
1 – Christian Mahé – 13:05:28
2 – Florian Madrignac – 13:30:39
3 – Nicolas Fruchart – 13:56:24

• Toutes les infos sur : http://www.utpma.fr/
• Le parcours sur Openrunner : http://www.openrunner.com/index.php?id=5488708
• Le film de l’édition 2015 : https://www.youtube.com/watch?v=M9ZOQCTAjCU
• Le film de « doudoune » sur l’édition 2016 (enfilez un ciré avant de regarder) : https://www.youtube.com/watch?v=6CaFbshqFI0&feature=youtu.be

 

 


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