Article / top-chrono - le, 29/11/2016

GPS et cardio vs slip et grosse épée

Billet - Compétition | La technologie dans la course à pied

Gildas Penverne, entraîneur trail et ultramarathon, nous livre son avis sur l’utilisation des outils technologiques en compétition de course à pied.

«  Dans la montée du col machin j’ai préféré ralentir, mon cardio m’indiquait 170 de fréquence cardiaque… »

«  Au 32e kilomètre j’ai levé de le pied, mon GPS m’indiquait 4’52’’ le kilomètre… »

Heureusement que l’homme a inventé des machines pour nous dire quand on se fatigue ou quand on est en forme, non ? On se demande comment on ferait sinon…

Ce qui me dérange dans l’utilisation des cardio/GPS/chrono en compétition, ce n’est pas leur utilisation en elle-même mais plutôt le rapport que vous avez avec ces objets technologiques. Je vais vous raconter deux petites anecdotes pour vous faire comprendre mon point de vue, et même une troisième pour vous montrer que dans certain cas, la technologie peut même être un facteur contre-productif.

Tu sais même pas où t’habites !

Avant d’être entraîneur, j’étais routier ; un soir dans un restaurant routier, on discutait entre collègues et un jeune conducteur nous racontait que son GPS était tombé en panne sur des petites routes de campagne et qu’il avait galéré comme c’est pas permis pour retrouver son chemin. Surpris, je lui demandai « mais tu n’as pas d’atlas avec toi ? » Et sa réponse, déconcertante : « si mais mon GPS était en panne, je ne savais pas où j’étais. » Ça c’est les jeunes routiers, sans leur GPS ils sont perdus. Ils tapent l’adresse sur leur GPS et le suivent sans se poser plus de questions que ça ; dit autrement, durant tout leur parcours à aucun moment ils ne savent où ils en sont

« - Mais si, je sais très bien où j’en suis, regarde, c’est marqué sur mon GPS, je suis sur l’autoroute A1 au kilomètre 150, il me reste 160 kilomètres à faire et environ 2 heures de route !
- C’est une fausse impression de contrôle : si je prends ton GPS et que je le jette par la fenêtre, vas-y rentre chez toi maintenant.
- Ben euh…
- Tu vois tu ne sais même pas où tu habites… »

Qui contrôle qui ?

Bon, la fin de l’exemple est un peu fictive, mais ce que j’essaie de mettre en avant c’est que dans ce cas il flagrant que ce n’est pas le conducteur qui contrôle sa machine mais bel et bien sa machine qui le contrôle. Bien sûr, le GPS est une excellente aide à la navigation, surtout pour les derniers kilomètres. En revanche, ma route c’est moi qui la trace (au sens propre, comme au sens figuré). Et bien le rapport que vous avez avec vos cardio/GPS/chrono est exactement le même, et on en vient à la deuxième anecdote.

Coup de chaud

Avant de passer sur ultra, je faisais mes footings à 4’45’’ le kilomètre. En passant sur ultra, il m’a donc fallu apprendre à courir plus lentement, en l’occurrence à 6’ le kilomètre. Pour ça je me suis servi de mon GPS, et dès que je voyais que j’allais trop vite je ralentissais. Une fois l’allure bien assimilée, je ne le consultais même plus. Pour un footing de 3 heures je partais de chez moi, à 1 h 31 de footing je faisais demi-tour et je me retrouvais devant le pas de ma porte à 3 heures de footing pile (+/- quelques secondes) à une allure comprise entre 5’59’’ le kilomètre et 6’01’’.

Puis est arrivé l’été et ses grosses chaleurs. Pour des raisons d’emploi du temps je ne pouvais faire mes sorties que l’après-midi, parfois sous des températures de 35°C. Idem, je faisais demi-tour à 1 h 31 de course et je me retrouvais devant chez moi à 3 heures de course ; en revanche je n’étais plus à 6’ le kilomètre mais à 6’10’’ ou 6’15’’, voire même 6’20’’.

Du spécifique garçon, du spécifique

C’est intéressant de voir comment le corps réagi quand on le laisse faire, parce que le but du travail à allure spécifique c’est d’habituer son corps à courir à son allure de compétition, où pour être plus précis à améliorer le rendement qu’on a à cette intensité. Cette amélioration se traduit, principalement, par trois facteurs principaux indissociables et interactifs :
• le cout énergétique qu’on a à cette intensité de course (le rapport entre les glucides et les lipides par exemple) ;
• l’adaptation du système cardio-pulmonaire (on ne ventile pas de la même façon suivant les allures) ;
• les contraintes biomécaniques qu’on a à cette allure de course (on n’a pas la même posture ni la même foulée à 4’30’’ et 5’ le kilomètre).

Et là dans un contexte « extrême » que mon corps ne connaissait pas ou mal, il a su de lui-même modifier ces facteurs pour adopter, dans le contexte donné, le comportement au meilleur rendement. Bref, il a fait quelque chose d’extrêmement simple que n’importe quelle bestiole sur terre est capable de faire, il s’est adapté à son environnement… Et ça ce n’est pas quelque chose qui s’apprend, c’est quelque chose qui se désapprend, qui se désapprend en restant tout le temps connecté à vos machines, comme dans le premier exemple où on est face à un routier qui n’a plus aucun sens de l’orientation, ce qui est paradoxal.

Le coup de la panne

La troisième anecdote concerne la performance de Fabien Hobléa (que j’entraînais) aux championnats du monde de 24 heures à Séoul où il tape 267 kilomètres alors qu’il avait un record à 251. L’accélération s’est faite progressivement durant la nuit ; après coup je lui ai demandé comment il l’avait vécu dans sa tête en voyant qu’il était au-dessus de ses temps de passage. Il me répondit qu’il n’en avait aucune idée, le tableau d’affichage était tombé en panne durant la nuit. No comment…

En conclusion, je dirais que les cardio/GPS/chrono sont d’excellents outils d’entraînement, qui vont notamment permettre de contrôler l’allure et de travailler dans des zones cible, ou de donner des infos à l’entraîneur sur l’état de forme de l’athlète. En revanche une compétition c’est à la Conan le barbare que ça se fait : un slip, une grosse épée et c’est parti !

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