Article / globe-trotter - le, 16/06/2016

« J’ai vécu une semaine féérique » - Philippe Richet

Compte-rendu – Trail et marathon | La muraille de Chine de Philippe Richet

Enchaîner en une semaine le Trail de la Muraille de Chine et le Marathon du même nom, c'est fort. Mais quand on s'appelle Philippe Richet, en plus on y figure sacrément bien ! Récit.

Après avoir couru en Europe, aux États-Unis, en Afrique, en Australie, l’envie de galoper en Asie me titillait depuis un moment ! Au départ, j’étais plus partant pour le Japon. Mais j’avais envie d’associer plaisir des yeux et difficultés, et là, courir sur la muraille de Chine m’a de suite attiré.

Il fallait donc bâtir un entrainement spécifique à base de marches. La caserne du SDIS de Mont-de-Marsan était propice à mon entrainement avec sa tour de 130 marches. Le Trail de la Muraille comporte au total 17000 marches !

Le programme du Trail de la Muraille : un prologue de mise en jambes, une étape 1 de 13 km et 1000 m D+, une autre de 14 km et 1100 m D+, une double (le matin contre-la-montre individuel et l’après-midi 13 km en ligne), et une dernière étape de 8 km avec 800 m D+ !

Donc gros morceau du lundi au vendredi… Sauf que le marathon, une des épreuves les plus dures au monde, est le samedi… Et comme je suis sur place, je vais faire aussi ! 5164 marches de plus, en avant pour un défi inédit !

Le trail entame sa 16e édition et Contrastes Running en est l’organisateur. Michel Manda, créateur de la course, prend les rênes associé à Michel Merlo, sous la présidence de Olivier de Nicola. L’équipe est complétée par Alex et Corinne. Franchement, un staff d’une polyvalence et d’une compétence hors pair : gérer 80 personnes avec ce niveau de professionnalisme  mérite d’être souligné, bravo et merci à eux ! Cela a généré une ambiance dans le groupe, phénoménale ! Il faut dire qu’avec nos amis réunionnais, le côté festif a été de suite d’actualité. La course est composée uniquement de coureurs de pays francophones et toutes les régions de France sont représentées.

Le rythme du séjour est soutenu d’entrée de jeu : visite de la place Tian'anmen puis de la Cité Interdite, le lendemain le temple du ciel, le temple des lamas, un peu de pousse-pousse et déjà, on prend le bus pour se diriger vers le prologue. Ça y est, on est dans la course et le décor est à la fois somptueux et inquiétant ! Waouh, ça monte fort ! Il est 17 h et il fait très chaud ! Petite photo souvenir et c’est parti pour 5 km et 680 m D+. Plusieurs groupes se forment, environ une dizaine de coureurs en tête, puis un gros écart avec des gens plus prudents et d’autres qui préfèrent marcher. C’est en tout cas un bon test grandeur nature, on peut courir mais pas longtemps, les marches ne sont pas toutes de la même taille et le cœur s’emballe vite et les quadriceps brulent vite ! L’autre critère : les descentes à pic, la moindre erreur d’inattention et c’est la chute ! Je me rends compte que je grimpe bien mais piètre descendeur, ou du moins très prudent… La course est lancée, la soirée est animée et déjà le briefing de l’étape 1, on va être confronté  aux diverses parties de la muraille, en partie détruite et en partie rénovée.

Dès la première ascension, le spectacle est grandiose : les montagnes chinoises sont magnifiques. On retrouve les mêmes trailers qu’hier en tête, chacun avait repris son groupe de la veille, comme souvent dans les  courses à étapes. Je suis devant dans les montées mais je me fais doubler dans les descentes, et l’étape 1 finissant en descente je me positionne en seconde position derrière un jeune prometteur Sébastien. La troisième place est pour un autre espoir, Flavien.

Les marathoniens avec des temps fantastiques sont à la peine et les montagnards (UTMB ou Diagonale des Fous) ont du mal à s’habituer aux marches ! C’est vraiment un exercice particulier.

L’étape 2 arrive à grand pas, c’est je pense la plus belle, un vrai trail, montées en single, descentes rapides, passage dans les champs de maïs puis un retour sur la muraille avec des pentes de folie. Le démarrage est rapide, je me fais surprendre mais une série d’escaliers se profile et une longue montée, j’en profite pour attaquer et là personne ne suit. Au bout de 3 km, je me retourne : personne à l’horizon, je contemple l’immensité de la muraille, c’est impressionnant, une beauté gigantesque ! Que du plaisir ! Mes Jambes sont au top, je sens que j’accélère et je ne gère rien, je suis dans un cadre idyllique, un pur bonheur, j’ai l’impression d’être sur un petit nuage, en totale liberté, je ne suis pas forcément dans la course mais dans une excitation incroyable, un état dans lequel un coureur est très peu de fois dans sa vie ! À deux kilomètres de l’arrivée, je dois avoir 30 mn d’avance et là, j’écoute un Chinois. Il fallait à un moment sortir de la muraille et prendre un sentier, mauvaise pioche, en bas j’arrive à l’hôtel ! Retour à la réalité, le mental en prend un coup, je dois faire marche arrière, gagner l’étape, oublier ! Arrêter, se dire que l’on a fait tout ce chemin pour rien ? Non, ce n’est pas dans mon tempérament ! Je suis là pour me faire plaisir, le classement général c’était la cerise sur le gâteau… On repart pour escalader 3 km et 300 m D+, au courage et au mental ! Je retrouve la muraille, je cours dans des pourcentages impressionnants, j’essaie de limiter la casse. Terrible effort, je n’ai plus d’eau, j’ai viré 400 m trop tôt. Le bilan est lourd : 13e place et 23 mn de perdues ! Mais c’est paradoxal car je ne suis pas déçu, je me suis tellement éclaté sur cette étape que je ne retiens que ça. Et puis tout le monde vient m’encourager : le staff, les autres coureurs, c’est un moment merveilleux. Je reste 5e au général, c’est quand même bien.

Le soir, grosse décompression, ça rigole, ça chahute, c’est vraiment plaisant à vivre ! Habitué au bivouac, ici l’atmosphère est joyeuse, chacun vit sa course, ses difficultés, mais dès la ligne d’arrivée franchie, c’est la fête ! Ce soir double briefing : forcément 2 étapes demain ! Le contre-la-montre de 5 km 650 m D+, avec un départ dans le sens inverse du classement général toutes les minutes, et l’après-midi, 13 km, que du plat ! Mon objectif est de tenter de monter sur le podium, gagner c’est impossible donc faire le maximum et continuer à prendre du plaisir.

Je prends le départ du contre-la-montre de manière rapide, c’est vraiment excitant, à la fois chasseur et chassé ! Le premier kilomètre est plat, j’ai déjà rejoint un concurrent, il faut déjà monter à pic sur 2 km, j’ai les jambes pour courir, je double, je descends, à présent, je croise les 4 coureurs, j’ai pas l’impression que j’ai fait une différence, d’autant qu’en descente je ne suis pas un expert. J’essaie de prendre un minimum de risques, le dernier kilomètre est une torture, j’essaie de courir, je transpire à grosses gouttes, mon cœur est à fond, mes cuisses en feu, je monte à quatre pattes le plus vite possible… Les concurrents déjà arrivés fond une haie d’honneur, applaudissent, c’est magique, ça me booste ! Je m’effondre en haut de la tourelle ! J’ai tout donné mais j’ai pris un pied fabuleux ! Cette course est géniale, c’est dur mais on est transcendé, on retient que le positif. Je gagne l’étape avec 4 mn d’avance sur le premier du général, 4e au scratch à 20 s du podium !

On déjeune rapidement, et après 1 h de bus on est sur la ligne de départ de l’autre étape. Ça part vite, les marathoniens se font plaisir, je tourne à 14,3 km/h et j’occupe la 5e place. Il fait 34 degrés, j’adore ces températures et je reste confiant. Il faut faire 6,5 km dans un sens, puis toucher une tortue et faire demi-tour. On est dans les tombeaux de l’est, c’est la première fois que Contrastes Running a l’autorisation de pénétrer dans ce lieu sacré. Je remonte petit à petit et là, tout d’un coup, 3 coureurs font demi-tour trop tôt. Dans le lot, il y a le premier du général, je n’ai plus qu’à aller tout droit et suivre cette voie royale ! Sauf que vaincre comme ça, ce n’est pas ma façon de voir les choses ! Les deux petits jeunes ne m’ont pas entendu par contre Flavien le leader m’écoute ; le petit détour de 400 m me fait repasser 5e mais mes jambes répondent présent et la chaleur intense est un gros atout. Je vire en tête à la tortue, je fonce, je gagne l’étape, je reprends 1 mn 30 s à flavien et 10 mn à notre JB, Basque montagnard, le plat il n’aime pas ! Deuxième au général ! Les 2 petits jeunes n’ont pas voulu repartir dans le sens de la course, ils écopent d’une pénalité, dommage… Le briefing du soir scelle le général une fois pour toute.

La reconnaissance de l’étape du lendemain est une catastrophe : les Chinois ont muré la sortie de la muraille, et du coup ça ne sera que 5 km. Récupérer 11 mn c’est mission impossible, c’est pas grave, je suis fier de ma course et d’entretenir une telle cohésion avec tous les participants, ça vaut toutes les victoires ! On est entre passionnés, c’est dur mais la solidarité domine.

L’étape est courte mais pas facile : 3 km de montée, je cours à petit pas, sans accélérer, ça suffit pour être devant. Je gagne au train et j’arbore à l’arrivée mon drapeau bleu, blanc, rouge. Je finis à 9 mn de Flavien et la 3e place, derrière mon partenaire de chambre Gilles pour 4 secondes !

La fête peut commencer : le STAFF sort les magnums de champagne, il est 9 h 30 et le délire commence ! Les Réunionnais attrapent une poubelle métallique et mettent un rythme endiablé, on danse sur la muraille, les touristes sont stupéfaits de notre chenille sur la muraille, un souvenir inoubliable !

On repart sur Pékin, 3 h de bus pour la soirée de gala. C’est un moment fort, de l’évoquer ça me donne encore le frisson. Il y a les discours mais surtout le reportage de l’équipe de France Télévisions puis les photos de la course. Les rires se mêlent aux larmes, c’est beaucoup d’émotion, tout le monde se lâche ! La remise des prix commence, c’est de l’hystérie pour chaque concurrent, je n’ai jamais connu ça !

Il est 23 h, je dois changer d’hôtel pour partir sur le marathon… Je n’ai pas  envie de laisser mes amis, plus envie de partir. Je viens de vivre une telle aventure que la prochaine ne me dis plus rien. Pourtant, ce sont 80 personnes qui viennent m’embrasser, m’encourager, ça me booste, je vais le faire ce marathon pour tout ce groupe, ils vont être avec moi. Pas beaucoup le temps de cogiter, lever 2 h du matin, départ 3 h en navette pour 3 h de trajet. Je me rends compte que je n’ai rien regardé sur le parcours… 5164 marches, 42,195 km, c’est tout !

Surprise : le départ et l’arrivée se font là où on a fait le contre-la-montre ! 2000 personnes ! Ça ne rigole pas, là il y a toutes les nationalités ! En fait, je n’ai pas mon dossard… Heureusement, le team Thomas Cook vole à mon secours, Dominique est un amour ! Je partirai en 2e vague, on est 400 par vague. C’est impressionnant, on n’est plus dans le trail mais le marathon pur et dur !

J’ai mis ma panoplie de trailer : sac à dos et bidons, je ne bois pas beaucoup mais j’ai testé la muraille et on transpire beaucoup, donc prudence ! Objectif : finir pour réussir ce doublé jamais réalisé. Pas de pression, je vais filmer et profiter des paysages. Les premiers de la vague 1 sont partis depuis 11 mn 40 quand je m’élance depuis la queue de la vague 2, ça bouchonne mais l’ascension d’un col de 5 km me permet de me glisser en tête de ma vague, je monte à 11 km/h, ça me surprend, je suis en mode entrainement, les autres marchent ! On attaque la muraille, la descente est épique, je filme et rigole, je ne suis pas un descendeur mais là, on descend marche par marche à la queue leu leu pendant 2 km ! Le marathonien est trouillard ? La chaleur monte d’un coup, on atteint les 30 degrés et il est 8 h 30… On est parti jusqu’au semi sur du plat, enfin caillouteux, passage dans les villages, les enfants tapent dans nos mains, c’est sympa, les voitures ne nous calculent pas, c’est dangereux. Le passage au 21e kilomètre devient plus douloureux, il fait chaud et on commence l’ascension d’un col de 2 km, je double sans arrêt, là de nouveaux les gens marchent. Une descente de 3 km et on grimpe de nouveau sur 1 km, je double toujours sur un rythme peu soutenu, j’arrive au 34e km à 10 de moyenne ! Je pouvais accélérer mais je connais la montée des marches : 5 km insoutenables de difficultés !

Je tente l’ascension en courant sauf que ce sont les touristes chinois qui bouchonnent, scène surréaliste sur un marathon normal ! Là encore, je ne m’attarde pas sur cette nouvelle donne car je veux juste finir et c’est bien parti. Je monte, l’émotion me prend par surprise. Je revois un à un les visages de mes amis de la muraille, le staff, les larmes de Béné et Sophie, les potacheries de nos deux Jean-Baptiste, c’est un moment intense. Quelques larmes coulent, c’est fort et saisissant !

La descente est rapide et déjà le dernier kilomètre, c’est le moment de sortir mon drapeau ! Je finis tranquille, je passe la ligne et là le choc : 21e ! Là, une deuxième vague d’émotion me submerge, je fonds en larmes, je viens de faire un truc de fou sans m’en être rendu compte ! Des moments comme ça, c’est à vivre tous les jours, je ne cours presque que pour ça, c’est de l’entrainement mais que du bonheur ! 15 mn après être arrivé, je prends le premier bus pour fêter ça avec mes compagnons de la muraille. J’ai vécu une semaine féérique, de l’émotion à gogo, et gagné des amis pour la vie !


• Les infos sur le Trail de la Muraille de Chine : http://www.contrastes.com/produit/running/trail-muraille-de-chine-2016/

• Les infos sur le Marathon : http://great-wall-marathon.com/


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