Article / globe-trotter - le, 04/12/2014

Le GR20 en mode Chron'Off Épisode 1

SPORT - ULTRA TRAIL | DÉFI RECORD TRAVERSÉE

L’histoire d’un défi un peu fou, sur le mythique GR20 . Une bande de copains qui décide un jour, en juin 2014, de s'attaquer au record féminin du GR20, détenu par Emilie Lecomte en 41h22

Objectif « Emilie » Épisode 1

Lionel Planes et Philippe Labazuy ont redéfini le Off : ils se sont offert fin juin le GR20 en Corse sous la forme d’un Chron’Off, mi-compétition, mi-évènement entre potes.

Calenzana : samedi 21 juin 3h45

Il y a des signes qui ne trompent pas. Il y en a d’autres qui ne devraient pas tromper mais ça, c’est une autre histoire, nous en reparlerons. En attendant, nous arpentons  bruyamment les ruelles éclairées de Calenzana à la recherche du départ de ce GR20 tant attendu. En haut de quelques Jean Guymarches, un vieil homme nous attend, inattendu. « Jean Guy Giov… », une figure du GR20 vient vers nous. Que fait-il là à cette heure matinale ? son fils est parti à 3h, pour fêter ses 40 ans (lui aussi), pour un chrono sur le GR20, une symbolique familiale, une tradition. Il sera notre fil rouge, celui de notre assistance tout au long de ce défi. En attendant, Jean Guy nous questionne, nous parle d’Emilie, du GR. Le symbole est fort, la rencontre est belle. Peut-être, surement, est-il venu aux infos, voir ces touristes qui vont coller aux basques de son fils. Moi, j’y vois une belle rencontre, un accent chantant, un symbole fort d’une rencontre d’hommes, comme j’ai toujours imaginé ce périple, avant tout et surtout entre amis, pour revivre encore ces instants rares d’harmonies, d’osmoses entre des personnes d’univers tellement différents.

 

Calenzana – Refuge d’Orto di Pubbo

« Quelques passages techniques mais rien de méchant dans cette première montée »

4h du matin, pile poil, après une dernière bise, un fond sonore by Thomas, nous foulons enfin les premières pierres de ce sentier mythique. Akuna sera notre pacer sur le secteur nous menant jusqu’à groupe départ GR20l’entrée de la variante de Haut Asco. D’ici là, nous partons pour au moins 6h de ballade. L’objectif est clair dans nos têtes dans ces premiers hectomètres : ne pas forcer, monter sans jamais forcer, se laisser porter par la forme du moment, plutôt optimale si l’on a bien calculé notre coup, mais ne pas chercher à griller bêtement des forces dans les premiers 1500 m+ qui nous séparent du refuge. Akuna est aux manettes. Il s’enquiert du rythme. Il me va. Petite alerte au bout d’une heure de montée douce, plus de traces blanches et rouges, le GPS de Phil nous sort en quelques minutes du mauvais pas, c’est vrai quoi, notre ère est technologique, pourquoi s’en priver ! 600 m d’avalés dans la première heure, tout va bien, la pente est molle, il paraitrait même qu’on a couru certains secteurs ! Les premiers contreforts techniques ne tardent pas trop. Bernard, expert du parcours, nous en a informé : « Quelques passages techniques mais rien de méchant dans cette première montée ». Je trouve déjà ça rock and roll mais il a bien raison le Nanard, ce n’est vraiment rien. Philippe est toujours un poil en retrait. Je m’interroge un peu quand même, lui qui virevoltait il y a 3 semaines au Grand Raid Occitan. Je suis vraiment en dessous du mode tranquille. Seul, j’irais plus vite, toujours sans forcer. Pourtant, je balaye très vite ces interrogations, je connais le bonhomme et nos expériences communes en compétition : systématiquement, je pars devant, souvent loin devant en début de course (UTMB, Ronda del Cim’s) avant qu’inexorablement il ne chronorevienne vers la mi course et qu’il ne finisse souvant plus fort. Cet état de fait me rassure, Phil aussi « je suis un bon vieux diesel qui a besoin de temps pour chauffer ». Nous atteignons enfin le premier sommet. Un œil sur le chrono, 2h15 de course. Au loin, un refuge sur l’autre versant qui arrachera à Phil un « Si c’est le refuge d’Orto, on peut passer direct en mode rando, on est loin d’Emilie ! ». Et oui, c’était bien le refuge d’Orto et il nous faudra 25’ pour le rejoindre avec, je vous l’accorde un petit rallongement des foulées dans les quelques descentes. 25’ de retard, conforme à nos prévisions, sans soucis, au milieu des randonneurs croisés la veille au gîte de Calenzana. Il est 6h40 du matin, le début d’une belle journée pour nous tous. Akuna se charge de la photo souvenir et comme convenu du petit SMS au reste de l’équipe. Une des multiples tâches du pacer.lionel et Philippe

Refuge d’Orto di Pubbo – Refuge de Carrozu

c’est décidé, je déteste les parcours en crêtes

Un plein d’eau inratable et nous repartons bon rythme dans les cailloux et les vallonnements qui précédent la grande montée, celle qui nous amènera pour la première fois de la journée au-delà des 2000 m. Akuna tarde à revenir. Il a du profiter du réseau téléphonique pour faire un gros point. Le rythme est bon et dans ma tête, l’objectif est clair, continuer à prendre du retard sur Emy en stoppant peu à peu l’hémorragie. Elle nous a pris 25’ sur le premier secteur, ce serait bien qu’elle nous en prenne moins sur le deuxiéme, donné pour eau plein2h15 Emilie lui aussi. Akuna ne revient pas. Pourtant il est là, à 100 mètres, 2’ quand nous traversons le ruisseau synonyme du pied de la grosse difficulté du secteur. La montée est technique, pléonasme corse, faites de blocs, de dalles. Surprenante aussi quand on voit les groupes de rando qui s’égrènent devant nous. Ce serait simplissime et efficace de monter dré dans le pentu dans cet immense pierrier, certains le font, des connaisseurs alors que le GR nous propose de larges et longues épingles au milieu des blocs. Mais bon, bons élèves, scrupuleusement, on suit la trace blanche et rouge. A mi pente, c’est le soleil qui nous guette, encore une bonne nouvelle après la matinée ombragée. Akuna ne revient pas, il est là, en dessous à 3 ou 4’, peut-être à faire des photos. « L’écart est stabilisé » me dit Philippe. Il reviendra plus tard, trop occupé on le pense encore à ses séances photos. Le premier choc visuel du parcours ne tarde pas. On débouche à un colcol que nous ne franchiront pas puisque notre progression se poursuit sur la gauche. Devant nous, le spectacle est ahurissant. Un monde d’aiguilles noires est juste là. Je n’imagine pas un instant que nous puissions aller là-bas. Cela me parait infranchissable, inexploré, tellement dense, noir …. Un spectacle à couper le souffle. On continue à grimper encore quelques minutes avant de basculer. Le chrono me parait étonnant. Je vais prendre en pleine figure un des enseignements du GR20 : c’est décidé, je déteste les parcours en crêtes, pour toujours. Celle qui est devant nous, comme toutes les suivantes n’en finit pas. Loin d’être plate, elle consiste à descendre de 20 métres pour remonter de 30 avant de redescendre de 50 et remonter de 20. Usant, très peu crêtesefficace en kilométrage, une machine à laver le cerveau quand tu imagines, ne connaissant pas le terrain que la bascule peut être là, juste derrière. En fait, il en reste encore des dizaines avant la vrai plongée, qui après ça, n’est même plus salvatrice. On plonge vers le refuge de Carozzu. Akuna n’a finalement pas pu rentrer malgré un visuel encore parfois présent. On ne le reverra que bien plus tard, sur un prochain relais. La descente est rugueuse, autre pléonasme corse , faites de blocs, de saut, de marche. J’ai étonnamment mes jambes déjà un peu dure, j’en parle à Phil. Je mets ça sur le relachement des 3 dernières semaines, le soin que j’ai apporté à me préserver et peut être du coup le manque d’habitude qu’ont mes cuisses à ce genre d’exercice. A revoir pour la prochaine fois. Le fameux « ça court avant le refuge » de Bernard reste tout relatif, on débouche à l’heure du ménage sur la balcon du refuge de Carozzu. Pas grand monde, pas le temps de trouver âme qui vive pour un coca, on est bien, on repart sans tarder pour la passerelle de Spasinata. Emy nous a collé 15’ sur ce secteur, l’hémorragie est contenu, voici un plan qui se déroule sans accrocs, comme prévu.spasimata

Refuge de Carrozu – Entrée variante d’Haut Asco

Nous venons de faire jeu égal avec Emilie sur le secteur là

Nous voici au pied de la plus rude montée depuis le départ. Pas la plus moche non plus. D’abord en longeant le torrent puis plus haut dans nos premiers névés et un couloir final pas des plus accueillant. Le tempo est bon. J’ai toujours cette impression d’être en dessous de mon rythme naturel, celui que je m’impose sur mes gros ultra-trails. Philippe me parait mieux, plus dedans. Je n’ai pas encore beaucoup vu son fameux strap « made in Thomas », son petit mot doux sur le mollet. J’imaginais lacpourtant en arrivant ici faire le dos rond derrière l’implacable efficacité du futur V2. Ce qui est pris et pris, je ne doute pas encore que ça finira par arriver. La montée est longue. Les premières chaleurs nous cueillent, moins agréables cette fois que les premières lueurs du soleil dans le col précédent. Les randonneurs sont nombreux, pour la plupart chaleureux, informé de la tentative de record de notre ami corse, parti une heure avant, interloqué aussi par notre accoutrement Ceramiq et nos fabuleux batons Arc Guidetti. Le contact est bon, j’imagine déjà qu’ils nous manqueront bien ce soir quand nous serons seul sur le GR, eux, bien au chaud dans les refuges. Mais on n’y est pas. Pour la première fois, alors que la pente se dresse, que le couloir final est devant moi, je sens qu’il y a moins de réserves dans mes gestes. Bon après, 6h de trail et 2800 m+, est ce que ça peut vraiment se faire sans effort !!!! Cette montée est aussi ‘occasion d’une rencontre. Un énergumène a l’accent chantant (…I Muvrini), un copain de notre partenaire virtuel corse qui, selon lui, aurait raté son pote. En fait, on n’y croit pas trop, on voit plutôt là un coureur venu aux infos, inquiets semblent ils de savoir ce que nous valons sur leur cher GR. Pas grave, on en rigole encore. Le sommet est proche, Kevin est venu en approche, informé par SMS de l’absence d’Akuna. Un coucou rapide, nous poursuivons avec une charmante traileuse pour rejoindre le 1er point d’assistance. Nous y sommes. Nous venons de faire jeu égal avec Emilie sur le secteur là, nous pointons donc avec 40’ de retard à notre point d’assistance (6h40). Un autre scénario va s’installer.

Lionel Planes

40 ans, Marié, deux enfants

Dans la vrai vie, formateur en informatique, Aveyronnais d'adoption super bien adopté, honnête traileur un peu fier d'avoir fini 5 UTMB dans le Top 100 (jamais dans le Top 50) et d'avoir traversé les Pyrénées en 10 jours (je n’aurais jamais 40 jours pour le faire en rando). Générateur d'idées permanentes plus ou moins réalistes, et rédacteur en cours depuis 5 ans d'un récit qui raconte notre traversée des Pyrénées 2009. Je n'ai jamais mis un pied en Corse et j'en avais marre que mes potes me disent que c'est magique. Mon CV Sportif (entre autres) :

5 fois dans le Top 100 de l’UTMB (165 km, 9500 m+)

Traversée des Pyrénées en 10 jours 10 heures en 2009 (700 km, 40 000 m+)

19ème de l’Intégrale des Causses (63 km, 2500 m+)

4ème du Grand Raid Occitan 2013 (149 km, 6666 m+)

 

Philippe Labazuy

49 ans, marié, deux enfants

Volcanologue de métier et donc auvergnat (sinon ça aurait été réunionnais !), ultra traileur expérimenté (UTMB, Ronda del Cim's, GRR) :

21ème de l'Ultra Trail Puy Mary Aurillac 2012 (105km, 5300m D+)

74ème du Grand de la Réunion 2011 (162km, 9670m D+)

11ème (2ème V1) de la Ronda del Cims 2011 (171km, 13000m D+)

12ème de l'Ultra Techni Trail de Tiranges 2011 (80km, 4200m D+)

http://chronooffgr20.wix.com/chronooffgr20


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