Article / globe-trotter - le, 11/09/2014

Ah qu'elle est belle cette échappée

Compte-rendu | Échappée Belle

Où je ne vous parlerai pas de champignons (les amanites ont été pourtant fort nombreuses sur le parcours) ni d'hallucinations (aucun lien avec les champignons sus-cités, même si l'hermine et le bouquetin était bien réels). Où je ne m'égarerai pas non plus à disserter sur les termes « Échappée » et « Belle », dont je ne pourrais apporter d'antithèse. L'Échappée Belle en est bien une, dans un pays méconnu, sauvage, difficile mais qui vaut tous les efforts pour le découvrir. 145 km et environ 22000 mètres de dénivelé cumulé au programme. Quelques échos de la première édition pour me conforter dans un choix de gestion « dans le vert » dès le départ, et pour tabler sur deux nuits dehors...

 

GRAND BEAU SUR AIGUEBELLE

 

Jeudi 28 août. Grand beau sur Aiguebelle au moment de récupérer mon dossard. L'accueil est chaleureux, l'attente pour se faire remettre le sac cadeaux de bienvenue et pour activer la puce du dossard est... nulle : une personne devant moi, tout le temps pour discuter avec les bénévoles. Bien, cela a le mérite de me mettre en tête que je serai sans doute un peu isolé pendant la course. Sur les 800 places allouées, moins de 400 sont prises par des individuels et une petite vingtaine par des équipes. Avec un départ samedi matin de la base-vie du Pleynet, au kilomètre 60 de la « grande traversée », la troisième course du week-end devrait amener un peu d'animation sur la fin de parcours, ils seront près de 200 à s'élancer pour 85 km.

 

L'ambiance est vraiment conviviale et le premier briefing à 18 heures se fait en petit comité. Ma première pensée portera sur la jeunesse de l'organisateur, et de l'équipe autour de lui, pour se lancer dans une aventure pareille : voilà, je viens de me prendre un coup de vieux. Mais l'intérêt d'un briefing n'est pas là, les patous sont évoqués mais les loups auront normalement toute latitude pour aller à la chasse aux agneaux : les célèbres chiens de troupeaux devraient tous se retrouver attachés pendant la course. Ces conditionnels ne me disent rien qui vaille, mais il n'y aura pas lieu de s'inquiéter : ni patou, ni loup croisé sur mon chemin. La météo est prévue plutôt bonne, peu de vent, un peu de pluie en deuxième partie de journée du vendredi, la suite s'améliorant. Toutefois, nous n'aurons pas le plaisir d'aller au sommet du massif et du tracé prévu, l'aller-retour à la Croix de Belledonne peut s'avérer dangereux en cas de mauvaises conditions (ça, je veux bien le croire, après être passé dessous) et surtout sans intérêt si le panorama n'y est pas. Soit, cela nous fera un raccourci de 800 mètres de dénivelé cumulé et à peine 4 km, il devrait nous en rester suffisamment (à mon GPS, encore 144 km et 10900 mètres positifs malgré cette coupe). Et quelques conseils pour finir, comme arriver frais à la base-vie, en gérant tranquillement les 20 km qui y mènent. Soit, entendu ! Le trac est bien là, au creux du ventre, mélangé avec une certaine trouille devant ce monstre et la perspective de traverser également deux nuits.

 

ÇA NE SE BOUSCULE PAS

 

L'heure de la pasta party a sonné... et là encore l'accueil et la qualité sont au rendez-vous. Par contre, toujours pas d'attente ni de bousculade. Il faut dire que cette course en ligne nous fait lever tôt : le rendez-vous pour les navettes qui nous amèneront au départ, à Vizille du côté de Grenoble, est prévu à 3 h du matin : certains auront préféré loger au départ. Je ne tarde pas dans la soirée, prépare mon sac, le sac d'allègement que je retrouverai au Pleynet et mets mon réveil à 2h36. C'est parti pour 5 h de bon sommeil dans le coffre de ma voiture, idéal pour se mettre dans des conditions d'aventure.

 

Une petite pluie nous accueille le vendredi au réveil. Qu'à cela ne tienne, le nuage ne nous accompagne pas pendant la bonne heure de trajet en car et il fait sec et doux à Vizille, lorsque nous nous rendons au petit déjeuner. Je suis en pleine forme, à part quelques tiraillements de vieillesse, et toujours une certaine crainte de passer deux nuits dehors. Je n'ai jamais couru plus de 40 heures sans dormir, je prévois donc une petite sieste le lendemain après-midi, au soleil et à l'abri du vent, puisque c'est généralement dans ces conditions que je m'endors le plus rapidement.

 

FOND DE SAS

 

Un dernier briefing, quelques mots d'un élu et le départ est donné. J'ai débuté au fond du sas de départ, je profite de ces premiers kilomètres de plat pour m'échauffer un peu, et courir, puisqu'il semblerait que l'occasion ne se présente pas souvent jusqu'à l'arrivée. Je double donc jusqu'à la première côte, sans difficulté et relativement rapide. Je ne sors pas encore les bâtons et me cale à un 800 m+/h qui me semble raisonnable. Le jour se lève, clair, cela promet un beau début de course. Le col de la Madeleine arrive donc très vite, et le ciel est encore bien vide pour profiter des paysages. La suite dans la réserve de Luitel est jolie, mais ne me laisse pas énormément de souvenirs. À ma grande honte, je me souviens beaucoup plus du quart de pomme englouti au ravitaillement d'Arcelle, dont le goût va me poursuivre tout au long de la course : je n'aurais jamais mangé autant de pommes.

Par contre, la suite me donnera un sourire qui ne s'effacera pratiquement plus jusqu'à la fin. On grimpe encore, les sentiers deviennent pierreux, le paysage abrupt, nous entrons dans l'univers minéral, des conditions que j'aime particulièrement, même si je suis loin d'y être à l'aise, ni d'y goûter très souvent. Les ailes me poussent, je n'accélère pas mais rêve de me transformer en oiseau pour rester dans ces contrées hostiles mais ô combien magnifiques. D'autant que les encaissements favorisent la création de lacs : Achard,  Robert, David, de beaux joyaux dans un cadre somptueux.

J'en fais trop ? Non, c'est un paradis. Évidemment, le terrain devient un peu plus rugueux, les pierriers succèdent aux éboulis, les pierres instables guettent les chevilles fragiles et le rythme diminue déjà. Je pense avoir eu une première estimation de mon classement sur cette section mais je me contente de l'entendre sans réaction, en continuant à profiter, en faisant attention à chaque appui. Les discussions vont bon train, et nous sommes encore bien groupés. Je n'éprouve pas de gêne mais pas non plus l'envie de discuter ; je pense malgré tout aux premiers moments de solitude qui viendront bientôt. En attendant, on peut profiter du paysage, toujours…

UNE CROIX SUR LA CROIX

 

Nous passons sous la Croix de Belledonne, ensoleillée, mais je n'ai aucun regret de la laisser de côté. La côte que nous venons de monter est sèche et n'incite pas à continuer vers le sommet. Nous voilà au glacier de Freydane, la descente qui le longe est... surprenante mais pour une fois que l'on nous laisse jouer dans les rochers ! Je croise un copain venu en spectateur avant la descente, qui m'indique que je serai au prochain ravitaillement sans m'en apercevoir et c'est le cas, le terrain force la concentration et le temps passe vite.

 

On se fait une bonne idée de la suite en lisant les noms sur le road-book : Sous la brèche, Brèche fendue. L'étage minéral dans toute sa splendeur. Des pierriers (encore), des éboulis (encore), des montées sèches (encore) des descentes scabreuses (encore)... un régal et je repense au conseil de Florent, l'organisateur, la veille : cette portion doit être faite tranquillement, tout en gestion. De toute façon, je ne peux pas courir et j'essaie donc simplement d'atterrir le moins violemment possible sur les rochers, pour préserver mes articulations et mon dos.

 

La descente sur le lac du Cos est splendide, les nuages gris restent à l'écart et permettent de découvrir de superbes paysages.

 

LE DOUBLE SMILE

 

Le parcours nous fait suivre les lacs, je cours de temps en temps, entre deux pierriers, et me fais quelques arrêts pour admirer. Je suis frais, en pleine forme, les tiraillements du matin ont disparu avec les montées prises à un rythme tranquille, le peloton s'est étiré et je profite également d'un peu de solitude... si c'était possible, j'aurais un deuxième sourire en pensant à la nuit qui arrive. Mais avant d'arriver au Pleynet, base-vie du kilomètre 60, il faut passer par une longue, très longue descente, pas facile à ce stade de la course, qui ne me permet pas d'être à l'aise. Les écarts ne changent pas avec les autres concurrents, ce sentiment doit être partagé. Une glissade plus tard ou quasiment, j'arrive au ravitaillement, qui fait office de relais pour la course en équipe et de départ de la course du 85 km au petit matin, le lendemain.

 

J'ai prévu ce que je devais y faire, après avoir récupéré mon sac d'allègement. Changement de t-shirt mais surtout chaussettes, les pieds sont dans l'humidité depuis le matin et mes pieds semblent sortis tout droit de dix heures de piscine. Je me ravitaille, m'assoie un peu et je constate que les chocs répétés sur les rochers me bloquent le dos quand il faut se pencher... heureusement, je ne prévois pas de m'asseoir trop souvent par la suite. Le temps de discuter en me ravitaillant, de remplir mes gourdes (une de cola, une d'eau pétillante) et les poches de mon sac (avec des gels que je consomme depuis le matin sans modération et sans nausée jusque-là), de mettre la frontale et de tout ranger, il se sera écoulé 45 minutes. Pour un arrêt express, on repassera. Je sors du pointage en m'intéressant à mon classement : toujours en progression. Je ne double pas beaucoup de monde en courant, par contre je dois faire des arrêts aux ravitos un peu plus brefs que mes camarades de jeu. Je ne le sais pas encore, mais cette base-vie marque le tiers temps de ma course, ou quasiment. Il est évident qu’elle arrive tôt lorsque l’on regarde le kilométrage, il faut bien se rendre compte qu’elle est en effet bien loin de la mi-course.

 

CHAUD-FROID DE TRAILER

 

La longue descente me réchauffe et j'échange ma micro-polaire contre un t-shirt manches courtes arrivé en bas... encore loin de l'optimisation. Il fait bon, on commence une montée, si j'ai un peu froid, je pourrais toujours ajouter une veste. C'est parti pour un premier gros bloc en une montée et une descente sèches avant le ravitaillement des Gleyzins. Je me mets dans un rythme tranquille et profite de la solitude et de la nuit. Il n'y a pas grand-chose à voir, la couverture nuageuse nous bloque tout panorama mais je trouve toujours agréable de crapahuter de nuit.

 

Le ravito des Gleyzins arrive et, comme noté dans le road-book, j'en profite pour me faire un arrêt de précaution. D'autant plus que la nuit douce et ma ventilation poussée m'ont valu de boire mes 1,5 litres de liquide, je suis arrivé sec au ravito mais sans avoir éprouvé le besoin de faire le plein à un ruisseau un peu plus haut. La suite sera... rude, et c’est un euphémisme. Si vous avez de mauvais souvenirs d'une certaine montée de Bovine sur un Ultra Trail bien connu, la première partie de la montée vers le col du Moretan  n'est pas pour vous. Un peu plus de 700 mètres positifs dans les cailloux, rochers, sur un chemin pas forcément bien tracé. Mais ce n'est pas la course (ah ? Si, peut-être !), en tout cas je suis seul et je monte vraiment tranquillement, sans rattraper personne ni me faire rattraper.

 

J'arrive au ravitaillement de  l'Oule où je ne peux m'empêcher de m'asseoir deux minutes, et de discuter avec le bénévole de garde. On discute bien, en regardant les étoiles au-dessus des arêtes, et les deux minutes se transforment en douze. Il est temps de repartir pour une deuxième partie de montée franchement particulière. Les rochers épars sont remplacés par des éboulis et les appuis ne sont font plus maintenant que sur des pierres plus ou moins branlantes. Je range les bâtons, j'ai plus de chance de les casser que de me rattraper avec, tellement les espaces entre rochers sont grands.

 

À QUATRE PATTES

 

N'ayant depuis longtemps aucune honte quand ça devient aérien ou un peu technique, je grimpe la fin avec l'aide des mains. Le col est haut placé et j'atteins le sommet avec une telle délivrance qu'elle doit correspondre à celle qu'éprouvent ceux qui escaladent le Kilimandjaro. Mais ça valait le coup, la suite est incroyable. Le début de la descente se fait sur un névé long de plusieurs kilomètres — hum, non, centaines de mètres au mieux, mais l'idée est là. Ce passage aurait pu être bien délicat s'il n'avait pas été équipé de cordes. Je ne suis pas très à l'aise pour descendre mais je laisse filer la corde entre mes mains à une bonne vitesse, j'avais mis les gants au col. Les derniers mètres sans équipement seront fait quasiment sur les fesses, en glissade.

 

Je n'ai pas trop le temps de m'ébahir de cette aventure qu'une crête de moraine m'attend. Heureusement là aussi, une corde permet de s'affranchir de ces petits gravillons qui font prendre très vite une vitesse excessive. D'autant que la frontale n'éclaire que du vide de part et d'autre. Le soulagement d'avoir passé ces deux écueils n'est que de courte durée : la traversée jusqu'au lac Moretan se fait encore sur des blocs, où j'essaie de ne pas m'arrêter entre chaque pas, tout en choisissant au mieux la pierre d'atterrissage et en essayant de suivre au plus près les balises.

 

La fin de la descente est bien meilleure, mais le sentier est difficile à suivre, les moutons en ont créé tant qu'il est préférable de tenir un cap entre les balises plutôt que d'essayer de suivre le bon. J'en profite pour tester la résistance des rhododendrons mais c'est une erreur, le feuillage ne supporte pas mon poids et je ne trouve que le vide en dessous. Cet écart de hauteur de 30 cm suffit à me faire tomber, et c'est un rocher (bizarrement) qui m'arrêtera. Je me cogne violemment le bras, laisse échapper un râle de bête affreusement touchée et me relève aussi sec. Après tout, les jambes n'ont rien, je vais procéder à une vérification du bras tout en marchant. Je m'apercevrai plus tard que ma veste est déchirée et que le bandeau de ma frontale est bien râpé : je n'ose penser à mon état si ma tête avait remplacé mon bras. Je m'en tire avec une belle griffure et un gros hématome mais la douleur s'estompe rapidement.

 

EN MODE DÉCONNECTÉ

 

J'arrive en compagnie de trois compères au ravitaillement de Périoule, ou l'ambiance est, comme toujours, à la bonne humeur et ponctuée par les canons à loups ; j'aurais mis six heures pour ce dernier tronçon, soit 12 km. En six heures, oui. J’avais entendu parler des fameux « 2 km/h » mais je ne m’étais pas attendu que ce fusse sur de si longues distances. Je ne m'arrête pas très longtemps et reçois plein d'indications d'une bénévole au redémarrage. Bien trop en fait, je commence à être un peu déconnecté et en 100 mètres, je ne me souviendrai uniquement d'un « mais de toute façon tu le verras si tu restes à droite du sentier ». Je n'ai malheureusement aucun souvenir de ce qu'il faut que j'attende, mais pour sûr je suis resté à droite du sentier pendant un long moment ! Enfin, avec la trace au poignet (dans mon GPS), je ne risque pas grand-chose et je profite des parois raides de part et d'autre de mon terrain de jeu du moment pour savourer l'aube naissante en haute montagne, ou presque. Malheureusement, les nuages montent plus vite que le soleil et c'est à couvert que la clarté se fait peu à peu. Je ne verrai quasiment pas le soleil avant le soir.

 

La descente se termine par une piste forestière, un régal à ce moment de la course. Je me mets même à courir, puisque je ne suis pas sûr de le refaire de la journée. La remontée est plutôt raide, j'essaie juste de rester entre 500 et 600 m+/h, en faisant des points tous les 100 mètres avec l'altimètre. Ça me motive suffisamment, contrairement à la musique que j'ai arrêtée au bout d'un quart d'heure, insupportable. Tant pis ou tant mieux, après tout je suis là aussi pour profiter du silence.

 

La journée s'étire et j'arrive enfin au refuge des Férices. Petit arrêt mais grand bonheur que cette tranche de quatre quarts, la montée est éprouvante, le cumul commence à faire son effet. Les bénévoles indiquent une suite courte et en descente, ce que je traduis en longue et pénible. Et en effet, je n'apprécie guère les traversées où l'on découvre après chaque descente un point haut légèrement plus haut que le dernier. Mon rythme s'en ressent jusqu'à croiser un bénévole à qui j'ose poser des questions directes, en espérant que ses réponses correspondent à la réalité. Il m'indique la suite avec des altitudes, je laisse ma méfiance au placard et table sur ses indications pour poursuivre ma route. J'aurai eu raison mais cette descente en pente douce et ondulante me met à rude épreuve, mes pieds commencent à faire remonter des informations de douleur et j'arrive en piteux état au refuge de Val Pelouse.

 

C’EST PAS DU JEU

 

Dans cette partie, je me fais doubler par le 1er du 85 km, qui aura donc mis 11 heures depuis le Pleynet, soit 7 de moins que moi. Je m'assoie rapidement, retrouve Stan, photographe croisé vers Freydane qui me félicite sur mon classement (toujours en progression) mais ne dit aucun mot sur ma tête, même si  ce détail ne m'effleure pas. Je discute, mange, fais le plein et repars doucement, le dos coincé pour me relever. Après quelques pas, j'entends un vieux monsieur dire à sa femme « c'est marrant, il y en a des plus marqués que d'autres ». Hé, je le prends avec le sourire, ça me déridera un peu.

 

La montée démarre droit dans le pentu, je fais des pas grands comme mes pieds, mais j'ai l'impression de monter à 45°. Tant mieux, une première épaule arrive très vite, et la suite se radoucit sur une crête. Les nuages sont là, mais pas de mer comme il arrive très souvent, juste un ciel voilé. Ce passage est agréable, dans l'après-midi, assez loin encore de la deuxième nuit, et la descente dans les myrtilles me permet de faire des arrêts mini-ravitaillement sauvage. Trois bosses au programme jusqu'au ravitaillement du Pontet et déjà une de passée. La seconde est une formalité, une centaine de mètres, puis un peu de crête où le vent souffle et dégage par endroits les nuages pour que l'on puisse profiter du paysage.

 

La dernière côte se fait en plein soleil mais serait presque roulante et la descente qui suit un calvaire pour mes pieds. Je commence à râler puis à gémir en continu, en allant toujours moins vite... il faudra faire quelque chose. Dommage, le terrain est superbe, dans une forêt éclairée par le soleil couchant, et le mono-trace invite au fartlek. La 1re du 85 me double et me voilà bientôt arrivé au Pontet, dernière étape du week-end. J'y passerai bien trop de temps, mais il me faut ressortir la frontale, changer les piles, faire le plein de liquide, de solide (encore des pommes) et d'énergie mentale pour le dernier tronçon que j'estime devoir me prendre entre 4 et 5 heures.

 

DERNIÈRE LIGNE PAS TRÈS DROITE

 

Le redémarrage est facile et me met plein de confiance : la montée qui suit, la dernière du parcours, est souple et régulière, un vrai bonheur. Le coup dur arrive juste après bien sûr, où mes pieds me font souffrir lorsque j'essaie d'allonger la foulée en marche rapide, sans même parler de courir. Mais il faudra bien couvrir les douze derniers kilomètres d'une manière ou d'une autre, alors je privilégie la rapidité. Je ne peux garder quelques cris lorsque le terrain en devers me fait glisser dans les chaussures, mais globalement, la douleur n'augmentant plus, je presse le pas un peu plus à chaque fois que je peux.

 

Et puis l'on croise une route sur laquelle je revis. Une telle surface, à cette heure de la nuit, a tout pour me faire tomber amoureux du bitume. Elle ne dure pas longtemps mais donne un nouveau coup de boost à mon moral, et fait taire la douleur qui remonte de mes pieds. Je me répète maintenant « je n'ai pas mal, je n'ai pas mal » et avec l'aide d'un terrain de plus en plus stable et l'odeur de l'arrivée (ou plutôt le son de la sono qui porte dans la nuit), j'arrive enfin en vue d'Aiguebelle.

 

Quelques crochets de routes, pistes et chemins, un dernier petit détour pour éviter la route principale, me voilà à passer près du parking, un dernier virage et enfin, là-bas, la délivrance. Pas de larme à l'arrivée, mais une réelle et forte fierté d'être allé au bout de belle manière. La gestion paie assurément. La course n'en paraît que plus belle. C'est presque le bonheur du devoir accompli, sans gros passage d'effervescence mais sans aucun passage à vide, en profitant de chaque instant, en ne me demandant pas une fois ce que je faisais là. Et le soulagement d'en finir en milieu de nuit, avant les heures les plus dures moralement.

PARCOURS DE FOLIE

 

Je n'ai pas échappé à l'Échappée Belle, et bien heureusement. Une organisation remarquable, des bénévoles aux petits soins (sauf pour certaines indications mensongères qui, si elles partent d'un bon sentiment, sont plus ou moins bien avalées ensuite), un parcours... de folie. Des terrains inhabituels, cassants, durs. Certainement pas une course à choisir pour faire un galop d'essai en montagne, et certainement pas à choisir parce que de « seulement de 145 km ». Cette remarque est valable également pour les relais et la traversée nord de 85 km : ce ne sont pas des courses d'essai et quelques visites en montagne au préalable sont à mon avis hautement recommandées.

 

Si, le samedi, je disais « peut-être à l'année prochaine, mais pas sûr » à pratiquement chaque bénévole qui me le demandait, j'avais déjà le lendemain l'idée de revenir très vite. J'ai passé un niveau dans les éboulis et dans ma gestion de course, j'aimerais bien en passer un nouveau l'an prochain : le minéral, ça vous gagne.


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